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Vice-présidence du numérique : 2017-2020

Tunnel numériqueMon mandat de vice-président en charge du numérique de l’université Paris-Dauphine s’est achevé ce mois-ci. Durant ces quatre années 2017-2020 bien remplies, j’aurai collaboré avec deux directeurs du numérique successifs, quatre directeurs généraux des services successifs dont deux par intérim, une présidente puis un administrateur provisoire, et une grande variété de responsables politiques et administratifs. Pour paraphraser Nietzsche, ce qui ne tue pas renforce ! Tous comptes faits, il faut du temps, peut-être un an ou deux, pour commencer à comprendre en profondeur les tenants et les aboutissants d’une organisation comme une université.

Le numérique – on dit « digital » en anglais – est le nom donné depuis quelques années dans l’univers francophone à l’informatique au sens large, qui va des technologies elles-mêmes aux sciences humaines et sociales, en incluant à la fois l’administration, l’enseignement, et la recherche. Être responsable du numérique incite à avoir autant que possible les pieds sur terre et la tête dans les étoiles, une vision stratégique et une prise en compte pragmatique du concret. J’ai plutôt apprécié ce difficile défi du grand écart. L’état du numérique à Paris-Dauphine en 2020 n’a plus grand chose à voir avec celui de 2016, mais beaucoup reste encore à faire.

Ces années de vice-présidence m’ont vraiment permis de mieux connaître l’université et ceux qui la peuplent. Inutile de préciser qu’on sue souvent sous le costume (*) dans ce grand théâtre social. Dans la myriade d’expériences diverses vécues, je me souviens encore avec sourire de réunions avec des représentants syndicaux durant lesquelles j’étais manifestement assimilé à un membre du patronat aux intentions maléfiques. Je me souviens également d’une séance du conseil d’administration durant laquelle, après mon exposé sur l’état du numérique, un élu étudiant a pris la parole en commençant son intervention par un « Nous les millénials… ».

(*) costume que je ne portais jamais, ce qui n’arrangeait pas forcément mes affaires.

Dauphine est une université de petite taille, avec un nombre réduit de départements de formation et de laboratoires de recherche, et un campus particulièrement ramassé. Malgré tout, les uns et les autres se connaissent assez peu, chacun vit dans son microcosme. Il faut donc constamment inciter à la prise en compte des réalités et contraintes des autres pour donner du sens aux choix collectifs. L’ingratitude braillarde reste quand même assez répandue. Tout le monde se plaint, étudiants, administratifs, enseignants, chercheurs, en général des autres, parfois toujours des mêmes. Le numérique peut être autant une source de souffrance qu’un bouc émissaire pour masquer des médiocrités. Mais il y a aussi une hiérarchie sociale, les étudiants et les administratifs sont ceux qui subissent le plus, tandis que les enseignants-chercheurs sont libres, pour le meilleur et pour le pire. Il y a pourtant des personnes formidables dans toutes les catégories. Chaque catégorie a elle-même sa hiérarchie sociale, son histoire pesante, et ses difficultés, et c’est parfois chez les autres que se trouve un ou une semblable.

En 2016, un grand nombre d’utilisateurs dauphinois de toutes les communautés étaient exaspérés par le manque de disponibilité, de fiabilité, et de sécurité de la solution utilisée pour le courrier électronique à l’époque (Partage). Par ailleurs ils étaient tout aussi nombreux à déplorer le manque de communication des outils informatiques entre eux. Pour toutes ces raisons, il est apparu que le passage à un bouquet de services numériques dans les nuages (cloud) était la meilleure chose à faire. Deux solutions étaient disponibles sur le marché : Microsoft O365 et Google G Suite. Étant donné que l’administration et une bonne partie des étudiants et des enseignants-chercheurs utilisaient en standard Microsoft Office, il est apparu que le choix de Microsoft O365 était le plus approprié, pour éviter une difficile voire impossible conduite du changement. Il n’a pas toujours été facile de défendre ce choix, et nous avons parfois douté de cette audace. Rétrospectivement, l’expérience vécue en ce moment dans l’entreprise Airbus, qui a choisi G Suite, ne laisse aucun doute à ce sujet. Non seulement nous avons finalement fait le bon choix, mais nous avons également eu de la chance, car Microsoft Teams est apparu ensuite au sein de O365, et constitue un élément majeur de la transformation numérique de l’organisation, démarrée bien avant la crise de la Covid-19. Il est vrai que Microsoft a une image plus négative que Apple ou Google dans certaines communautés, qui ont hérité d’une époque révolue. Microsoft aujourd’hui a misé sur le cloud, rivalise de dynamisme avec les autres GAFAM, contribue au noyau Linux, a racheté GitHub, etc. La vision du nouveau PDG Satya Nadella depuis une dizaine d’années n’y est pas pour rien. Cela étant dit, Microsoft n’est pas plus vertueux que les autres GAFAM. L’hégémonie écrasante des États-Unis et de l’Asie sur l’industrie du numérique pose problème, aussi bien pour le matériel, le logiciel, les réseaux, que pour les services, avec ou sans cloud. Il est légitime de regretter le manque de vision économique de l’Europe en la matière, mais ce n’est pas en tournant le dos à la modernité à Dauphine que nous résoudrons ce problème de politique européenne. En fournissant un bouquet de services numériques de qualité, professionnel, en protégeant les données contractuellement, Dauphine jugule la prolifération massive de l’usage de services numériques en ligne tiers faussement gratuits qui font payer les utilisateurs avec leurs données et métadonnées privées. Ce fléau au parfum de paradoxe ravage bon nombre d’universités et d’organismes de recherche en France.

Office 365 pèse relativement peu sur le budget au vu de ce qu’il apporte. Mais contrairement à la plupart des autres universités françaises, Dauphine développe ou adapte des solutions logicielles pour ses besoins spécifiques : candidatures et dossiers vacataires dématérialisés, base de données de la recherche, gestion de la relation client, … Tout ce sur-mesure coûte cher, et le retard à rattraper sur l’idéal est encore très important. Dauphine souffre en matière de numérique d’avoir l’ambition du secteur privé, les contraintes du secteur public, et un désordre typiquement universitaire, qui commence par celui des enseignants-chercheurs. Ici comme ailleurs, le principal levier pour la transformation numérique de l’établissement n’est pas la qualité du réseau WiFi ou des vidéoprojecteurs, mais plutôt le niveau numérique des salariés de l’organisation, et en tout premier lieu celui des responsables et des dirigeants.

Il est parfois utile de penser le numérique comme un bouquet de symétries : numérique pour l’administration et administration du numérique, numérique pour l’enseignement et enseignement du numérique, numérique pour la recherche et recherche sur le numérique. La mandature 2017-2020 a beaucoup consisté, en matière de numérique, à introduire un peu plus de méthode, de rigueur, de qualité. En matière de transformation numérique de l’organisation, il restera toujours vrai que numériser du désordre produit du désordre numérique. Le numérique a fait l’objet de la première régulation de la mandature, à travers notamment la création d’un schéma directeur numérique. La transformation de la direction des systèmes d’information en direction du numérique s’est accompagné d’une nouvelle vision plus orientée vers les services, les usages, et le numérique de proximité. Parallèlement, la création du programme transversal Dauphine numérique a permis de renforcer le numérique sur les versants de l’enseignement et de la recherche, en phase avec l’institut PRAIRIE de PSL, et de renforcer le développement des relations avec les entreprises autour des sciences des organisations et du numérique. Deux postes de professeurs « transversaux » en sciences des données ont été créés et pourvus sur le programme Dauphine numérique, ce qui n’est pas négligeable à l’échelle de Dauphine.

La nouvelle mandature s’inscrit dans une continuité et une consolidation de celle qui s’achève, avec notamment une cohérence plus marquée avec PSL, la prise en compte du chantier du nouveau campus, et une mise en œuvre plus volontaire du numérique dans les formations.

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Une expérience banale d’enseignement à distance

Carte postale par Jean-Marc Côté, dans la série En l'an 2000, 1899, popularisée par Isaac Azimov.
Carte postale par Jean-Marc Côté, 1899, dans la série En l’an 2000 popularisée par Isaac Azimov.

Le mois de septembre est le mois de mon cours d’initiation au calcul stochastique. Il s’agit d’un cours intensif en anglais de 12 fois 3 heures, accompagné de séances de travaux dirigées données par un collègue. Ce cours fait partie du Master 2 MASEF et du Master 2 MATH. Pour le M2 MASEF, il constitue une brique de base indispensable à beaucoup d’autres cours, d’où son caractère intensif. Les deux premières semaines comptent 3 séances de 3 heures, et les trois semaines suivantes 2 séances de 3 heures. Étant donnés les enjeux pour le M2 MASEF, j’ai renoncé pour ce cours, au moins pour cette année, à expérimenter une méthode pédagogique plus audacieuse et risquée à base de pédagogie inversée.

Modalités. En ces temps de coronavirus, Paris-Dauphine autorise les M2 à recourir à l’enseignement sur site pour 50% des effectifs. Or les tests que j’ai pu mener dans la salle qu’on m’a attribué ne m’ont vraiment pas convaincu : tableau blanc sale et trop petit difficile à filmer, vidéoprojecteur qui vibre, … L’enseignement hybride comodal pour ce cours sera peut-être pour l’année prochaine ! J’ai donc renoncé au 50% sur site et je suis passé au 100% à distance. Vérification faite, cela était compatible avec la politique de non fragmentation de la journée étudiante. Au vu du passage à distance, un étudiant a alors manifesté sa peur, un autre a protesté car d’autres universités ne font pas cela, et un autre encore a dit qu’il était bloqué à l’étranger à cause de l’épidémie. Au bout de trois séances de cours, j’ai effectué un sondage, une petite majorité préférait continuer à distance plutôt que de venir sur place avec roulement. Je dois dire que j’aurais préféré une majorité forte pour l’un ou l’autre, car je suis manifestement dans une situation où l’hybride comodal de qualité aurait satisfait tout le monde !

Mise en route. J’ai obtenu une équipe Teams via le portail des services numériques. Avant le premier cours,  j’ai communiqué le code et le lien de l’équipe aux étudiants, et mon numéro de téléphone, en disant que je pouvais les dépanner sur Whatsapp. La plupart ont utilisé le lien. J’ai ajouté à la main ceux qui n’avaient pas de compte Passeport, comme membres invités. Trois d’entre eux ont demandé de l’aide par Whatsapp avant d’y arriver seuls finalement. J’ai ajouté le chargé de TD et l’assistante de formation à l’équipe, créé des canaux privés « Administration » et « Enseignants », des canaux publics « Lectures », « Exercises », et « Exams », et ajouté un onglet avec lien vers mes notes de cours LaTeX en PDF sur le canal Lectures. Ces notes incorporent un planning détaillé des séances de cours, et sont mises à jour régulièrement. J’ai rajouté les annales corrigées au canal Examens, et les exercices dans le canal Exercises.

Équipement. J’utilise une tablette Samsung Galaxy Tab S6, connectée sur Teams via Eduroam, et dont je partage l’écran J’utilise l’app Notes de Samsung avec laquelle j’écris en direct avec le stylet. Je me connecte une seconde fois simultanément à Teams avec mon ordinateur fixe connecté en filaire pour bien voir les participants et le fil de discussion, et je m’en sert pour le son et la vidéo de mon visage. Le stylet de la S6 est remarquable et ne fatigue pas. Mon ordinateur est sous Linux Ubuntu 20.04, et ma tablette S6 sous Android. Si je n’avais pas eu de S6, j’aurais probablement utilisé ma tablette graphique Wacom One, et xournal++. Mes notes sont comme celles que j’aurais produites sur un tableau blanc infini, avec aucune rature et sans se salir !

Une tablette graphique (Wacom, XP Pen, …) ne comporte en général aucun écran intégré, c’est un dispositif de pointage, comme une souris, qui prend la forme d’un stylet que l’on déplace sur un support plat et opaque. Il faut donc un apprentissage, comme pour la souris, avant de parvenir à s’en servir sans la regarder, en regardant l’écran de l’ordinateur auquel elle est connectée. Cela est un peu déroutant au début voire rebutant pour certains. Mais l’avantage est qu’on regarde à terme l’écran et donc la caméra comme m’a dit un collègue ! A contrario, pour une tablette tactile avec stylet (Apple iPad, Samsung Galaxy Tab, …), on est immédiatement à l’aise car on écrit sur un véritable écran sur lequel s’affiche ce qu’on écrit. Les stylets des tablettes graphiques, même d’entrée de gamme, sont précis et sans latence en général, tandis que pour les tablettes tactiles, l’entrée de gamme peut s’avérer décevante en terme de précision ou de latence. Le stylet des tablettes graphiques est typiquement passif sans besoin de chargement tandis que celui des tablettes tactiles haut de gamme nécessite un rechargement régulier. Des tablettes graphiques de qualité au format quasiment A4 sont disponibles à prix modique, comme la Wacom One Medium ou la One By Wacom M. Sur un Linux Ubuntu 20.04, ces Wacom sont reconnues immédiatement sans avoir besoin d’installer un pilote, contrairement à Mac OS ou Windows !

Teams. J’ai déjà donné 6 séances de 3 heures avec deux pauses de ~10/15 minutes à chaque séance. Je n’enregistre pas mais je partage, après chaque séance, le PDF des notes écrites, qui ne sont pas identiques à mon polycopié LaTeX. Les étudiants posent des questions orales ou écrites pendant le cours, autant voire plus qu’à l’accoutumée. Il m’a fallu faire le « community manager » au début pour tout le monde, et canaliser vers l’équipe Teams. Une équipe Teams peut servir même indépendamment de l’enseignement à distance, car elle permet de regrouper, documents pédagogiques et administratifs, interactions, et capacité à se interagir à distance si nécessaire.  Pour chaque séance de cours, je crée un événement dans le calendrier de Teams, et j’ajoute le canal Lectures. Pas besoin de spécifier les participants. L’événement s’affiche dans le canal. Le chargé de TD a décidé de faire la même chose. Il est possible d’éditer les options de réunion pour faire en sorte que même les membres invités passent outre la salle d’attente, et pour aussi se déclarer seul présentateur, et donc seul capable de coupe tous les micros ou de lancer l’enregistrement vidéo. Au début certains étudiants sont perdus et rejoignent l’événement bien avant sa tenue ou se trompent. Il est possible de télécharger la liste des participants (allées/venues) via les “…” de la liste des participants, en fin de visioconférence.

Couacs et difficultés. Je n’ai eu pour l’instant qu’une seule déconnexion WiFi, après une pause, peut-être à cause du passage en mode veille de la S6. Il faut penser à couper les notifications sur la tablette pour éviter les messages gênants, et couper le micro et le son au lancement pour ne pas avoir d’effet Larsen avec ceux de l’ordinateur fixe. Parfois un étudiant demande de repartager l’écran de la tablette parce qu’il a du se reconnecter et qu’il ne le voit plus. Les étudiants n’activent pas leur caméra en général pendant le cours, c’est d’ailleurs à mon sens la perte principale par rapport à l’enseignement sur site. Certains ne peuvent pas faire autrement car ils n’ont pas une connexion suffisante, par manque de moyens et/ou par manque d’anticipation, d’autres sont timides, ou en pyjama, l’un n’empêchant pas l’autre. Il est intéressant de constater à quel point les humains peuvent être parfois eux-mêmes responsables de la déshumanisation alors même que le numérique leur permet de réhumaniser les relations à distance. D’après les étudiants, un cours à distance de ce type est plus difficile à suivre qu’un cours sur site, surtout sur petit écran, et aussi parce qu’il est possible de faire autre chose en même temps, mais cela reste suivable. L’un d’entre eux n’avait qu’un smartphone au départ…

Mise à jour mi-novembre. Le cours s’est terminé sans souci, et l’examen, sur site, s’est déroulé comme prévu, dans le respect des consignes sanitaires, la veille du reconfinement. Je viens de terminer la correction des copies d’examen. À ma grande surprise, le niveau général est plutôt supérieur à celui des années passées, y compris pour les moins bonnes copies. L’examen oral de rattrapage sera organisé sur site ou en ligne en fonction des contraintes des étudiants.

Activité des utilisateurs de l'équipe Teams du cours
Statistique d’activité du cours sur Teams. On voit bien la frénésie du démarrage, le rythme de croisière avec l’oscillation hebdomadaire, la fin du cours puis des travaux dirigés, et le pic de fin au moment de la remise des notes !
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Paris-Dauphine : coronavirus et numérique

Tunnel numérique

La crise du coronavirus entraîne une révolution numérique forcée pour beaucoup d’entre nous, petits et grands. Les acteurs du numérique sont également très fortement sollicités depuis la fermeture des établissements et la mise en place des mesures de confinement. Le grand nombre de connexions en France et plus généralement en Europe a saturé de nombreux serveurs et réseaux, aussi bien dans les établissements d’éducation que chez les géants du numérique comme Facebook et Microsoft. 

Paris-Dauphine s’est remarquablement mobilisée pour cette révolution du télétravail et de  la formation à distance. Dans le cadre du plan de continuité d’activité de l’établissement, des ordinateurs portables ont été configurés en un temps record et distribués aux personnels concernés. La direction du numérique et la direction de la formation et de la vie étudiante ont étoffé – notamment depuis les grèves récentes – le portail des services numériques, qui permet à tous d’accéder facilement aux services numériques pour la visioconférence et la formation à distance, ainsi qu’à des tutoriels pour prendre en main les outils. Le support aux utilisateurs est assuré avec ces outils par des agents en télétravail. La transformation numérique à l’œuvre à Paris-Dauphine depuis plusieurs années porte là ses fruits. La semaine qui vient de s’écouler a été riche de sollicitations, d’engagements, d’expérimentations, de découvertes. 

Mais sur le plan du numérique, Paris-Dauphine ne vit pas cette crise comme la plupart des autres universités françaises. L’essentiel de la charge se situe entre les utilisateurs, qui sont chez eux, et les serveurs des fournisseurs de services Microsoft Office 365 et Blackboard, qui sont hébergés dans les nuages (cloud). Les serveurs hébergés à l’université sont donc relativement épargnés, et continuent à fournir les autres services importants SIFAC, Apogée, Win-paie, …,  rendus accessibles aux agents dauphinois en télétravail de diverses manières. L‘outil Teams, inspiré de Slack mais intégré à Office 365, remporte un franc succès. Il incorpore visioconférence, téléphonie, messagerie instantanée, télédiffusion, et travail collaboratif en mode projet. Teams est par ailleurs la première application Microsoft rendue disponible sous Linux. 

Les semaines qui viennent seront spéciales. Nous en sortirons transformés. 

Note personnelle. Loin de moi l’idée que cette crise est réjouissante et permettra d’atteindre un numérique enchanté. Le numérique contraint que nous vivons nous fait aussi regretter les relations humaines directes. De nombreuses personnes sont dans la détresse ou le dénuement. J’ai bien conscience des difficultés de tous, du tragique de la situation. Simplement je pense qu’il faut aussi tirer parti de la crise, ne pas céder à la psychose. Le numérique permet de maintenir le lien entre êtres humains, de mieux les organiser, de faire circuler l’information vitale.  

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Pics. Le confinement de la population a pour but d’étaler le pic de sollicitation des hôpitaux et a pour effet de créer des pics de sollicitation du numérique. 

Modélisation. Pour la gestion de la crise, les autorités sont à l’écoute des scientifiques, et notamment semble-t-il de l’équipe de Neil Ferguson, professeur britannique de mathématiques pour la biologie spécialisé en épidémiologie, physicien théoricien de formation. Mon collègue Gabriel Turinici du Ceremade s’intéresse à la modélisation mathématique en épidémiologie et à ses liens avec la théorie des jeux. Des ressources sur les mathématiques de l’épidémiologie sont disponibles sur florilège.

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Nuages. L’informatique dans les nuages (cloud) et les plateformes IaaS/PaaS/SaaS transforment l’informatique depuis une quinzaine d’années, et tous les acteurs finissent par s’y mettre, y compris l’AMUE. Les bouquets de services proposés par les GAFAM américains ont peu pénétré les usages officiels des universités françaises, pour des raisons idéologiques, symboliques, politiques, et culturelles. L’argument du Cloud Act ne résiste pas vraiment à une analyse factuelle. Une industrie européenne aussi stratégique qu’Airbus a adopté G Suite, l’analogue de chez Google de l’Office 365 de Microsoft. D’autre part la cryptographie peut garantir la confidentialité et la « privacy » lorsque cela est nécessaire. En matière de souveraineté, faut-il aussi rappeler que le matériel réseau est américain, coréen, chinois, partout, qu’Internet ne fonctionnerait pas sans routeurs Cisco et Huawei ? D’autre part, il y a le shadow-IT : le taux de pénétration parmi les étudiants, administratifs, enseignants, et chercheurs des services gratuits de Gmail, Whatsapp, Dropbox, etc, est phénoménal et ne fait de secret pour personne, alors même que pour les versions gratuites, tout le monde sait que les utilisateurs payent avec leur données. Il est vrai que ces logiciels et services sont de qualité. Il y a enfin l’usage massif des téléphone intelligents, dont les logiciels et matériels sont américains, chinois, coréens, japonais, et sont fortement reliés aux services des GAFAM. En vérité, ce jeu de dupes souligne en creux l’incapacité durable de l’Europe à mettre en place une industrie du numérique de premier ordre, aussi bien sur les plans du logiciel, du matériel, que de l’hébergement.

Dauphine. À Paris-Dauphine, mon prédécesseur Henri Isaac, sur les conseils de François Madjlessi exaspéré par les défaillances de Zimbra par rapport aux solutions cloud, et au vu de l’expertise de Miguel Membrado, a émis à la fin de son mandat le souhait d’une transition vers Office 365, dont l’offre pour l’éducation est imbattable. Après analyse approfondie, il m’a semblé clair à mon tour que ce choix était le mieux adapté, à même d’accompagner notre transformation numérique dans l’interoperabilité et au meilleur niveau de qualité et de richesse. Choisir G Suite – plus mature à l’époque – aurait produit une rupture sur la bureautique et donc une difficulté importante dans l’accompagnement au changement de l’essentiel de nos utilisateurs. Cette décision, qu’il a fallu défendre avec conviction en interne comme en externe, a fait partie intégrante du grand chantier de transformation du numérique que nous avons mené sur plusieurs années. Office 365 apporte sécurité, fiabilité, disponibilité, qualité, et  interopérabilité. La transformation numérique à Dauphine ne se réduit pas à Office 365, et comprend une mise en qualité des infrastructures et des modes d’organisation, une transformation de la direction des systèmes d’information en direction du numérique, et un  portefeuille de projets conséquent. Paris-Dauphine fait partie des premiers établissements à avoir mis en place et peaufiné un plan de reprise d’activité et un plan de continuité d’activité pour ses systèmes d’information, bien avant la crise du coronavirus. Des développements logiciels ou numériques ambitieux ou innovants ont été menés, incluant notamment la dématérialisation de processus administratifs, l’apprentissage pair à pair, et le coaching virtuel. Cela a été rendu possible grâce notamment à l’externalisation de ce qui n’est pas spécifique à l’université comme la gestion de la messagerie, des sites web, où le codage logiciel. Ce recentrage a permis de mieux soutenir l’accompagnement aux usages du numérique pour gagner en qualité sur tous les tableaux. Ainsi, et contrairement à ce que l’on pourrait croire, Dauphine continue à investir sur le numérique, bien plus que les autres universités, mais pas de la même manière. Sa situation  numérique actuelle reflète sa double nature d’université française et de grande école, et son positionnement autour des sciences des organisations. Ici comme ailleurs, la transformation numérique est difficile et semée d’embûches. Même si beaucoup reste encore à faire, on peut se demander quelles sont les clés de la réussite. Sans doute une vision, du sens, un cap, du temps, de la rigueur, une analyse dialectique, et une forme de résilience socio-psychologique.

Données. Ces dernières années ont vu l’émergence de la question de la régulation des données en qualité et structuration, mais aussi en terme de sécurité et confidentialité. Paris-Dauphine place ces sujets au cœur de son organisation. En particulier l’authentification unique d’accès aux services numériques y compris Office 365 se fait à la fois à Dauphine et dans un cloud PaaS.

Logiciels libres. On m’a souvent interrogé sur la contradiction apparente entre mon tropisme pour les logiciels libres et ma défense d’Office 365 à Paris-Dauphine. Je suis effectivement grand amateur de logiciels libres, et j’utilise GNU/Linux sur pratiquement toutes mes machines depuis plus de vingt ans maintenant. J’apprécie beaucoup Debian et Ubuntu, qui rendent concret et utile une forme de rêve anarchiste. Mais j’utilise également Google Android par sens du pratique, et Microsoft Windows sur un Surface Pro par curiosité et pour mieux comprendre ce que cela veut dire pour les utilisateurs. J’utilise enfin l’essentiel du bouquet de services d’Office 365 via l’interface web dans un navigateur. Je sais l’importance de l’absolu, du paradigme, de l’idéal, mais je sais aussi l’importance du pragmatisme pour les choix collectifs, et je n’ai pas l’esprit dogmatique ou religieux. Le choix d’Office 365 me semble être optimal globalement pour Paris-Dauphine, lorsque l’on vise la transformation massive des usages du numérique au meilleur niveau et aux standards des communautés SHS. Ma propre communauté des mathématiques et de l’informatique me semble tout à fait adaptable à la situation. Ma position est plus proche du pragmatisme d’un Linus Torvalds ou Rémy Card que du fanatisme d’un Richard Stallman. Pourtant j’ai été adhérent à la FSF, dont j’apprécie le rôle de pôle politique. J’ai également été secrétaire d’une association d’utilisateurs de Linux, avec beaucoup d’enthousiasme. J’ai rédigé des documentations, codé, enseigné, aidé des amis, des collègues, installé et administré des serveurs dans des foyers, des labos, des départements, fait changer les choix par défaut de jury de concours, bref, j’ai agi localement pour contribuer au changement global. Je pense que les logiciels libres jouent un rôle, ont une place, et transforment même les géants. Qui aurait cru par exemple qu’un jour Microsoft contribuerait au noyau Linux et envisagerait une version Linux de son navigateur Edge par ailleurs basé sur le moteur libre Chromium soutenu par Google ?

Mot de la fin. La qualité est un facteur clé dans les usages. L’éthique et le durable montent en puissance. L’avenir sera-t-il à un numérique choisi plutôt que de subi comme le dit la Fing ?

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Office 365

Networking

Cette année l’université Paris-Dauphine a migré vers Office 365, un bouquet de services numériques dans les nuages proposé par la société Microsoft. Le bouquet comprend entre beaucoup d’autres choses la messagerie en ligne Outlook, le disque virtuel OneDrive, et la suite bureautique Office en ligne. Ce changement a été globalement bien accueilli par les usagers : ces derniers sont déjà pour beaucoup d’entre eux gros utilisateurs des logiciels de la suite bureautique Office, sur Mac ou PC. Les réticents se trouvent sans surprise essentiellement dans les laboratoires d’informatique et de mathématiques, bien que le taux de pénétration de Gmail et de Dropbox dans ces communautés soit élevé. Les collègues sociologues réagissent peu à un sujet aussi technologique, et il faut dire qu’ils sont pratiquement tous sous Apple.

Le bouquet de services Office 365 fourni par l’université propose plus de sécurité, de fiabilité, et de fonctionnalités que la solution précédente, et pèse moins sur le budget. Malgré tout, beaucoup de bêtises sont dites à propos de Office 365, souvent par ignorance et par pensée réflexe. Voici quelques (contre)-points. La direction du numérique a également mis en ligne une liste de questions fréquemment posées sur les raisons du choix de Office 365 Education à Dauphine.

Suis-je obligé d’utiliser les services numériques Office 365 de Paris-Dauphine ? Le bouquet de services Office 365 proposé par Paris-Dauphine est en conformité avec la loi, de qualité professionnelle, hébergé en France. Mais vous êtes parfaitement libre de ne pas utiliser ces services et de rediriger notamment votre messagerie institutionnelle vers un service alternatif. Ce service peut très bien être celui d’un organisme comme le CNRS par exemple. Il est toutefois déconseillé d’utiliser dans le cadre professionnel les services numériques grand public gratuits comme Gmail, Dropbox, Slack, Zoom, etc, qui vous font payer avec vos données.

Pourquoi Outlook alors que je peux utiliser mon compte Gmail. S’il s’agit d’un compte Gmail gratuit, alors il faut savoir que dans ce cas Google compense en se servant de vos données à des fins commerciales, tandis que le compte Outlook sur Office 365 fourni par l’université n’est pas un produit gratuit : la confidentialité de vos données est garantie contractuellement. De plus Google ne garantit pas la localisation géographique de ses serveurs pour l’instant tandis que Microsoft garantit que les siens sont en Europe et qu’ils seront en France en 2018. Enfin le compte Outlook sur Office 365 fourni par l’université est intégré à un bouquet de services et cela fait gagner en productivité, ne serait-ce que pour l’agenda partagé sur le webmail ! Bien entendu, tout cela n’empêche pas d’avoir un compte gratuit personnel chez Google en parallèle.

Pourquoi OneDrive alors que j’ai Google Drive et/ou Dropbox. Voir question précédente. Rien n’empêche de les utiliser tous pour s’adapter aux multiples communautés et usages.

Pourquoi OneDrive alors que le CNRS propose le logiciel libre ownCloud. Il ne faut pas confondre logiciel et service. Le CNRS propose un service ownCloud, c’est-à-dire des serveurs faisant fonctionner ce logiciel. Ce service ne concerne que les chercheurs des laboratoires CNRS, et ne sera donc jamais accessible à toute l’université. D’autre part les organisations de taille relativement modeste comme les universités ont des difficultés à assurer des services numériques massifs à prix modique avec un haut niveau de disponibilité et de sécurité, et c’est la raison pour laquelle il est avantageux pour elles de se tourner vers les offres de services dans les nuages comme Office 365. Par manque de vision et d’ambition, la France et plus généralement l’Europe ont malheureusement raté le virage de l’informatique dans les nuages.

Microsoft, c’est mal. Microsoft pâtit d’une mauvaise image dans certaines communautés, en partie parce qu’il a été dirigé historiquement par des adversaires des logiciels libres, ce qui n’est plus vraiment le cas, mais beaucoup de personnes ne sont pas à la page. Aujourd’hui, aussi bien techniquement que fonctionnellement, Office 365 n’a rien à envier à son concurrent G Suite de Google. D’autre part Microsoft n’est pas plus ou moins recommandable que Google, Apple, Facebook, ou Amazon (GAFAM). Enfin la position de Microsoft par rapport aux logiciels libres en général et par rapport à Linux en particulier est aujourd’hui celle des autres GAFAM. Oui, les GAFAM sont toutes nord américaines, et on ne peut que regretter que la France et l’Europe ne soient pas parvenues à construire une industrie du numérique.

L’informatique dans les nuages, c’est mal. L’électricité et les vaccins aussi, au fond. Plus sérieusement, à titre personnel, je fais partie de ceux qui rêvaient de l’informatique dans les nuages au siècle dernier sans comprendre pourquoi cela mettait tant de temps à arriver ! Si c’est le cloud act qui vous fait peur, vous pouvez chiffrer vos données, ou choisir une plateforme alternative spécifique pour vos données sensibles.

J’ai un contrat avec un concurrent de Microsoft alors Oulook… Le jour où vous aurez un contrat avec le concurrent de Cisco Systems, géant des équipements réseau, il vous sera difficile d’éviter les routeurs Cisco. Plus sérieusement, la meilleure réponse à la question de la haute confidentialité est la cryptographie. PGP/GPG, Tor, et Wikileaks vous montrent l’exemple.

Outlook est vraiment mauvais en SMTP et IMAP. Examinez à nouveau votre configuration, c’est souvent à ce niveau que se situe le problème. À titre personnel, j’utilise ces services notamment via Postfix et OfflineIMAP sur des machines Debian GNU/Linux et cela fonctionne, à quelques soucis d’UID près avec OfflineIMAP, assez rares et faciles à résoudre. Si votre problème persiste, tentez de changer de client, d’utiliser le Webmail, ou d’opter pour un client/plugin Exchange comme Mailspring ou Evolution. Le protocole Exchange a l’avantage de synchroniser à la fois courrier, agendas, contacts, et plus !

Outlook et GNOME sous Debian GNU/Linux. Ajoutez un compte en ligne de type Microsoft Exchange (*) dans les paramètres de GNOME et installez le client Evolution avec support Exchange (sudo apt-get install evolution-ews). Idem pour votre éventuel compte Google Gmail.

(*) À titre d’exemple, mes paramètres sont les suivants :

  • Email: chafai@ceremade.dauphine.fr
  • Identifiant: dchafai@dauphine.fr
  • Serveur: outlook.office365.com

Une alternative est d’utiliser Davmail pour convertir EWS en IMAP ou POP3.

Outlook gère mal le format iCalendar. C’est faux, et c’est facile à utiliser sur le webmail ! Pour les moins dégourdis, voici par exemple une vidéo didactique sur l’export et sur l’import.

L’antispam de Outlook est moins bon que celui de Gmail. C’est faux. Microsfot comme Google sont très efficaces car plusieurs milliers d’ingénieurs travaillent pour assurer ces services pour des centaines de millions d’utilisateurs. L’antispam de Office 365 fourni par l’université semble même plus efficace que celui du service Gmail gratuit. Ces performances sont aussi dues à l’usage systématique de technologies antispam comme SPF, DKIM, DMARC, etc.

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