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Une expérience banale d’enseignement à distance

Carte postale par Jean-Marc Côté, dans la série En l'an 2000, 1899, popularisée par Isaac Azimov.
Carte postale par Jean-Marc Côté, 1899, dans la série En l’an 2000 popularisée par Isaac Azimov.

Le mois de septembre est le mois de mon cours d’initiation au calcul stochastique. Il s’agit d’un cours intensif en anglais de 12 fois 3 heures, accompagné de séances de travaux dirigées données par un collègue. Ce cours fait partie du Master 2 MASEF et du Master 2 MATH. Pour le M2 MASEF, il constitue une brique de base indispensable à beaucoup d’autres cours, d’où son caractère intensif. Les deux premières semaines comptent 3 séances de 3 heures, et les trois semaines suivantes 2 séances de 3 heures. Étant donnés les enjeux pour le M2 MASEF, j’ai renoncé pour ce cours, au moins pour cette année, à expérimenter une méthode pédagogique plus audacieuse et risquée à base de pédagogie inversée.

Modalités. En ces temps de coronavirus, Paris-Dauphine autorise les M2 à recourir à l’enseignement sur site pour 50% des effectifs. Or les tests que j’ai pu mener dans la salle qu’on m’a attribué ne m’ont vraiment pas convaincu : tableau blanc sale et trop petit difficile à filmer, vidéoprojecteur qui vibre, … L’enseignement hybride comodal pour ce cours sera peut-être pour l’année prochaine ! J’ai donc renoncé au 50% sur site et je suis passé au 100% à distance. Vérification faite, cela était compatible avec la politique de non fragmentation de la journée étudiante. Au vu du passage à distance, un étudiant a alors manifesté sa peur, un autre a protesté car d’autres universités ne font pas cela, et un autre encore a dit qu’il était bloqué à l’étranger à cause de l’épidémie. Au bout de trois séances de cours, j’ai effectué un sondage, une petite majorité préférait continuer à distance plutôt que de venir sur place avec roulement. Je dois dire que j’aurais préféré une majorité forte pour l’un ou l’autre, car je suis manifestement dans une situation où l’hybride comodal de qualité aurait satisfait tout le monde !

Mise en route. J’ai obtenu une équipe Teams via le portail des services numériques. Avant le premier cours,  j’ai communiqué le code et le lien de l’équipe aux étudiants, et mon numéro de téléphone, en disant que je pouvais les dépanner sur Whatsapp. La plupart ont utilisé le lien. J’ai ajouté à la main ceux qui n’avaient pas de compte Passeport, comme membres invités. Trois d’entre eux ont demandé de l’aide par Whatsapp avant d’y arriver seuls finalement. J’ai ajouté le chargé de TD et l’assistante de formation à l’équipe, créé des canaux privés « Administration » et « Enseignants », des canaux publics « Lectures », « Exercises », et « Exams », et ajouté un onglet avec lien vers mes notes de cours LaTeX en PDF sur le canal Lectures. Ces notes incorporent un planning détaillé des séances de cours, et sont mises à jour régulièrement. J’ai rajouté les annales corrigées au canal Examens, et les exercices dans le canal Exercises.

Équipement. J’utilise une tablette Samsung Galaxy Tab S6, connectée sur Teams via Eduroam, et dont je partage l’écran J’utilise l’app Notes de Samsung avec laquelle j’écris en direct avec le stylet. Je me connecte une seconde fois simultanément à Teams avec mon ordinateur fixe connecté en filaire pour bien voir les participants et le fil de discussion, et je m’en sert pour le son et la vidéo de mon visage. Le stylet de la S6 est remarquable et ne fatigue pas. Mon ordinateur est sous Linux Ubuntu 20.04, et ma tablette S6 sous Android. Si je n’avais pas eu de S6, j’aurais probablement utilisé ma tablette graphique Wacom One, et xournal++. Mes notes sont comme celles que j’aurais produites sur un tableau blanc infini, avec aucune rature et sans se salir !

Une tablette graphique (Wacom, XP Pen, …) ne comporte en général aucun écran intégré, c’est un dispositif de pointage, comme une souris, qui prend la forme d’un stylet que l’on déplace sur un support plat et opaque. Il faut donc un apprentissage, comme pour la souris, avant de parvenir à s’en servir sans la regarder, en regardant l’écran de l’ordinateur auquel elle est connectée. Cela est un peu déroutant au début voire rebutant pour certains. Mais l’avantage est qu’on regarde à terme l’écran et donc la caméra comme m’a dit un collègue ! A contrario, pour une tablette tactile avec stylet (Apple iPad, Samsung Galaxy Tab, …), on est immédiatement à l’aise car on écrit sur un véritable écran sur lequel s’affiche ce qu’on écrit. Les stylets des tablettes graphiques, même d’entrée de gamme, sont précis et sans latence en général, tandis que pour les tablettes tactiles, l’entrée de gamme peut s’avérer décevante en terme de précision ou de latence. Le stylet des tablettes graphiques est typiquement passif sans besoin de chargement tandis que celui des tablettes tactiles haut de gamme nécessite un rechargement régulier. Des tablettes graphiques de qualité au format quasiment A4 sont disponibles à prix modique, comme la Wacom One Medium ou la One By Wacom M. Sur un Linux Ubuntu 20.04, ces Wacom sont reconnues immédiatement sans avoir besoin d’installer un pilote, contrairement à Mac OS ou Windows !

Teams. J’ai déjà donné 6 séances de 3 heures avec deux pauses de ~10/15 minutes à chaque séance. Je n’enregistre pas mais je partage, après chaque séance, le PDF des notes écrites, qui ne sont pas identiques à mon polycopié LaTeX. Les étudiants posent des questions orales ou écrites pendant le cours, autant voire plus qu’à l’accoutumée. Il m’a fallu faire le « community manager » au début pour tout le monde, et canaliser vers l’équipe Teams. Une équipe Teams peut servir même indépendamment de l’enseignement à distance, car elle permet de regrouper, documents pédagogiques et administratifs, interactions, et capacité à se interagir à distance si nécessaire.  Pour chaque séance de cours, je crée un événement dans le calendrier de Teams, et j’ajoute le canal Lectures. Pas besoin de spécifier les participants. L’événement s’affiche dans le canal. Le chargé de TD a décidé de faire la même chose. Il est possible d’éditer les options de réunion pour faire en sorte que même les membres invités passent outre la salle d’attente, et pour aussi se déclarer seul présentateur, et donc seul capable de coupe tous les micros ou de lancer l’enregistrement vidéo. Au début certains étudiants sont perdus et rejoignent l’événement bien avant sa tenue ou se trompent. Il est possible de télécharger la liste des participants (allées/venues) via les “…” de la liste des participants, en fin de visioconférence.

Couacs et difficultés. Je n’ai eu pour l’instant une seule déconnexion WiFi, après une pause, peut-être à cause du passage en mode veille de la S6. Il faut penser à couper les notifications sur la tablette pour éviter les messages gênants, et couper le micro et le son au lancement pour ne pas avoir d’effet Larsen avec ceux de l’ordinateur fixe. Parfois un étudiant demande de repartager l’écran de la tablette parce qu’il a du se reconnecter et qu’il ne le voit plus. Les étudiants n’activent pas leur caméra en général pendant le cours, c’est d’ailleurs à mon sens la perte principale par rapport à l’enseignement sur site. Certains ne peuvent pas faire autrement car ils n’ont pas une connexion suffisante, par manque de moyens et/ou par manque d’anticipation, d’autres sont timides, ou en pyjama, l’un n’empêchant pas l’autre. Il est intéressant de constater à quel point les humains peuvent être parfois eux-mêmes responsables de la déshumanisation alors même que le numérique leur permet de réhumaniser les relations à distance. D’après les étudiants, un cours à distance de ce type est plus difficile à suivre qu’un cours sur site, surtout sur petit écran, et aussi parce qu’il est possible de faire autre chose en même temps, mais cela reste suivable. L’un d’entre eux n’avait qu’un smartphone au départ…

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