Je dispense depuis deux années un cours d’initiation aux probabilités pour la préparation à l’agrégation interne de mathématiques, à l’Université Paris-Est Marne-la-Vallée. Comme souvent, j’ai pris le temps d’écrire des notes de cours, d’environ 80 pages, que je distribue à mes étudiants, et que tout le monde peut télécharger sur ma page personnelle sous forme électronique (pratique pour chercher). Ces notes n’ont rien de révolutionnaire dans leur contenu, mais expriment ma manière de voir les choses, dans le cadre du programme de l’agrégation interne (qui mériterait du reste une sérieuse refonte pour les probabilités).
Comme le soulignent mes agrégatifs, ces notes seraient beaucoup plus utiles si elles étaient transformées en livre, car seuls les livres sont autorisés par le jury le jour de l’oral du concours. La méthode traditionnelle pour transformer des notes de cours en livre consiste à contacter un éditeur, qui, bien souvent, interdira la diffusion électronique gratuite pour sauvegarder son profit. Mais pourquoi diable m’encombrer d’une telle contrainte ?
Une solution originale m’a été suggérée par courriel par un collègue distant : demander à titre personnel un numéro ISBN à l’AFNIL (gratuit). Ce service est l’analogue de celui des noms de domaines pour Internet. C’est désormais chose faite. Mes notes de cours possèdent un ISBN et constituent donc un livre électronique. Ce livre électronique est librement accessible sur ma page personnelle. Il est donc en principe utilisable le jour de l’oral par tous les candidats aux concours à partir de la session 2013 (la session 2012 est semble-t-il trop proche).
Les lecteurs qui apprécient ce livre électronique peuvent manifester leur gratitude en faisant un don directement à l’auteur via PayPal. Ce sont eux qui choisissent le montant, tandis que pour un livre classique, le prix est fixe et l’essentiel revient à l’éditeur. Cette rémunération directe de l’auteur est dans le même esprit que la rémunération directe des agriculteurs et des artistes. Elle court-circuite les marchands, qui ne produisent rien. Mais les lecteurs peuvent également choisir d’utiliser ce livre électronique sans payer, car le savoir doit rester librement accessible. Cette auto-édition et auto-diffusion est dans l’esprit de ce que prône Richard M. Stallman. Vive la révolution numérique !

The next week will be very busy for me. I have to give no more than three talks in three different places. The first talk will present the beautiful and now classical Azuma-Hoeffding concentration inequality. You may take a look at the notes prepared for this talk, in French. Late update : you may also take a look at the notes of my third and last talk (in English).

Je participe, cette année encore, au jury de l’agrégation de mathématiques. Les épreuves orales ont lieu en ce moment à Paris rive gauche. Je fais partie de l’une des commissions de modélisation, constituée de quatre personnes, qui auditionne six candidats par jour pendant quinze jours non-stop à raison d’une heure par candidat. C’est épuisant, et je me trouve parfois assez mauvais interrogateur, bien que je fasse de mon mieux. Cependant, j’ai toujours beaucoup appris en participant au jury, parfois même des choses très élémentaires. Il ne faut jamais cesser de réapprendre sa discipline. Ce concours est une grosse machine qui fonctionne plutôt bien dans l’ensemble, malgré les aléas politiques, logistiques, et climatiques. Les candidats passent trois épreuves orales, dont une épreuve de modélisation. L’épreuve de modélisation est moins scolaire que les deux autres. Elle est disponible en trois options distinctes au choix du candidat : A (probabilités et statistique) B (calcul scientifique) et C (calcul formel). Les candidats disposent d’un ordinateur muni d’une collection de logiciels pour préparer leur exposé basé sur un article de modélisation tiré au sort. J’aurais préféré une épreuve de modélisation unifiée, sans options, dont le programme serait constitué des notions essentielles des options A-B-C actuelles. Les futurs professeurs agrégés gagneraient à connaître les notions de base de l’algorithmique et de la modélisation, plutôt que de se spécialiser artificiellement (avant de tout oublier !). J’aurais également apprécié que seuls des logiciels libres soient fournis aux candidats, pour aller dans le vent de l’Histoire.
Suite du billet du 8 mars 2011. Je reviens à peine d’une semaine de congrès dans les Alpes, à l’École de Physique des Houches, organisée par Catherine Donati-Martin, Sandrine Péché, et Grégory Schehr. Le site est magnifique, face au mont blanc. L’ambiance était excellente. Ces événements scientifiques collectifs me font toujours prendre conscience de l’importance du savoir oral et informel. Ce type de savoir, qui n’a pas vraiment sa place dans les écrits académiques (articles et livres), joue pourtant un rôle considérable dans la formation des esprits et la diffusion des idées. Un blog scientifique permet la publication et la diffusion de ce type de savoir de manière simple et efficace.
