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Auto-edition et auto-diffusion

ISBN dans un EAN 13 9782954171005Je dispense depuis deux années un cours d’initiation aux probabilités pour la préparation à l’agrégation interne de mathématiques, à l’Université Paris-Est Marne-la-Vallée. Comme souvent, j’ai pris le temps d’écrire des notes de cours, d’environ 80 pages, que je distribue à mes étudiants, et que tout le monde peut télécharger sur ma page personnelle sous forme électronique (pratique pour chercher). Ces notes n’ont rien de révolutionnaire dans leur contenu, mais expriment ma manière de voir les choses, dans le cadre du programme de l’agrégation interne (qui mériterait du reste une sérieuse refonte pour les probabilités).

Comme le soulignent mes agrégatifs, ces notes seraient beaucoup plus utiles si elles étaient transformées en livre, car seuls les livres sont autorisés par le jury le jour de l’oral du concours. La méthode traditionnelle pour transformer des notes de cours en livre consiste à contacter un éditeur, qui, bien souvent, interdira la diffusion électronique gratuite pour sauvegarder son profit. Mais pourquoi diable m’encombrer d’une telle contrainte ?

Une solution originale m’a été suggérée par courriel par un collègue distant : demander à titre personnel un numéro ISBN à l’AFNIL (gratuit). Ce service est l’analogue de celui des noms de domaines pour Internet. C’est désormais chose faite. Mes notes de cours possèdent un ISBN et constituent donc un livre électronique. Ce livre électronique est librement accessible sur ma page personnelle. Il est donc en principe utilisable le jour de l’oral par tous les candidats aux concours à partir de la session 2013 (la session 2012 est semble-t-il trop proche).

Les lecteurs qui apprécient ce livre électronique peuvent manifester leur gratitude en faisant un don directement à l’auteur via PayPal. Ce sont eux qui choisissent le montant, tandis que pour un livre classique, le prix est fixe et l’essentiel revient à l’éditeur. Cette rémunération directe de l’auteur est dans le même esprit que la rémunération directe des agriculteurs et des artistes. Elle court-circuite les marchands, qui ne produisent rien. Mais les lecteurs peuvent également choisir d’utiliser ce livre électronique sans payer, car le savoir doit rester librement accessible. Cette auto-édition et auto-diffusion est dans l’esprit de ce que prône Richard M. Stallman. Vive la révolution numérique !

5 Comments

  1. Fabrice Baudoin 2012-03-24

    Oui je suis bien d’accord avec toi que le passage par la case editeur devient de plus en plus inutile pour la diffusion de la recherche ou des connaissances…

  2. Djalil Chafaï 2012-03-24

    Certains éditeurs scientifiques ont au moins le mérite de proposer un circuit éditorial avec des relectures par les pairs. Mais ce travail est fait bien souvent gratuitement par les universitaires, et pourrait être organisé avec les outils d’Internet sans éditeur mercantile (*). J’attends patiemment que les mentalités changent et que l’économie s’adapte. Il y a dans les sociétés humaines un temps des générations incompressible, et ça n’est pas plus mal.

    (*) cf. Publications: science, money, and human comedy.

  3. arthur 2012-03-28

    tu lis dans mes pensées… je me posais exactement cette question l’autre jour ! On est en train de finir un livre sur R, qui étant libre et gratuit me pousse à m’interroger sur la pertinence de publier chez un éditeur, plutôt que de mettre en ligne le pdf, avec une licence basique… Mais j’avoue avoir toujours un faible pour les livres en version papier, relié… je suis resté vieux jeu….

  4. Djalil Chafaï 2012-03-28

    Oui, j’aime beaucoup le charme du papier moi aussi, et il y aurait matière à de longues discussions passionnantes sur ces questions.

    Le succès du courrier électronique a fait chuter les volumes de courrier papier, mais rien ne fait autant plaisir aux êtres humains qu’une lettre à l’ancienne écrite par la main de l’autre…

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